La mort des abeilles

Il y a d’autres valeurs sur terre que celles du toujours plus, du toujours plus de pognons, du toujours plus d’individualisme, du toujours plus pour ma gueule… sans jamais tenir compte de son voisin. Il est vrai que celui qui meurt de faim est sourd aux appels pour la sauvegarde du milieu naturel, de l’environnement, du respect de l’autre. L’adage dit que celui qui a le ventre vide n’a qu’un problème, le remplir. Mais aujourd’hui dans notre monde occidental nous ne pouvons pas dire que nous avons le ventre vide.

Alors pourquoi cet acharnement permanent au toujours plus. Cet acharnement à regarder se remplir notre porte feuille alors que tout le reste se vide. L’homme aurait il oublié en quittant les campagnes qu’il vit sur terre. L’homme aurait il oublié dans ses villes de goudrons et de béton que c’est le monde qui l’entoure qui le fait vivre. Les tomates ne poussent pas dans les supermarchés, les poulets ne naissent pas sous cellophane, et les poissons ne nagent pas panés dans les rayons des congélateurs.

Il est si facile de se croire dégagé de sa propre responsabilité dans le brouhaha de notre vie quotidienne, dans cette course aux nouveautés permanentes, aux facilités du modernisme.

Il faut nourrir la planète, voilà l’excuse des chimiquiers et de leur collaborateurs politiques. Et le monde agricole, et les consommateurs se précipitent dans cette logique. Il est préférable de produire plus, quel qu’en soit le prix, pour ne plus voire mourir de faim les petits africain, les petits chinois ou les petits indiens. Et pourtant ils continuent à mourir de faim. Et entre temps nous massacrons notre propre maison, la terre et ses habitants. Le gâchis journalier de nourriture en Europe, et nous parlons de la quantité de nourriture produite, emballée, livrée, et jetée, est estimé a 240 000 tonnes par jour. Et nous pensons qu’il faut encore produire plus, à n’importe quel prix.

Si les agriculteurs et les consommateurs se précipitent si facilement dans cette logique, ce n’est pas pour le bien de ceux qui meurent de faim, non, c’est de l’hypocrisie de croire cela. S’ils le font, c’est pour leur propre intérêt individuel, pour gagner encore plus, pour payer encore moins cher leur bout de steak et leurs tomates hivernales.

Ce sont des milliards de dollar qui sont en jeux, du travail pour des milliers de personnes, voila le deuxième argument. Il n’est pas possible de tout stopper pour sauver quatre hannetons ou trois abeilles, une forêt, ou une rivière. Il faut du chimique, engrais et pesticide, des OGM, de l’eau en masse pour produire du maïs dans des terres sèches… Il faut des usines à cochon, a poulet, à bœuf…toujours plus grosses, toujours plus polluante. La route est prise nous ne pouvons plus la quitter.

Il y a pourtant de la création de valeur, de sens, dans la mise en œuvre d’une agriculture moins polluante, dans le choix responsable du consommateur. Soit, ceux qui s’enrichissent aujourd’hui seront moins riche. Mais la richesse d’une société ne se mesure pas à la richesse de quelques chimiquiers, céréaliers ou industriels de l’agro-alimentaire, elle se mesure à la richesse de tous.

La capture du vivant par quelques multinationales au nom de la propriété intellectuelle, est l’ultime étape de ce mouvement. Il est aujourd’hui interdit d’utiliser les graines que nous produisons nous même. Un paysan n’a plus le droit de resemer son propre blé ou son propre maïs. Il n’a plus le droit de bouturer, de multiplier ses propres plans. Et la loi est sévère pour les contrevenants. Nous ne pouvons plus vendre de graine ou de plans sans prouver que nous les avons acquis auprès de ces multinationales. Pour se protéger elles produisent des semences stériles, qui paradoxalement dans le processus de pollinisation contaminent petit à petit les productions naturelles, les rendant alors elles aussi stériles. Ces multinationales attaquent en justice les agriculteurs indépendant qui produisent leur propre semences en prouvant qu’il y a eu transfert de gène par pollinisation croisée, et qu’au nom de la propriété intellectuelle, cet agriculteur ne peu plus resemer ces propres graines. Il bénéficieraient alors de l’utilisation gratuite d’un brevet. Celui qui est contaminé devient coupable de l’avoir été.

Mais plus encore, les semenciers cataloguent les variétés végétales qui les intéressent et luttent farouchement contre la diversité. L’objectif est de faire disparaitre toutes les variétés non catalogués afin de réduire la diversité aux variétés qu’ils contrôlent et brevètent.

Les associations qui opèrent dans la diffusion de légumes anciens sont régulièrement attaquées pour mise sur le marché de variétés de légumes non cataloguée. Chaque année des variétés anciennes sont sorties du catalogue des variétés autorisées et sont remplacées par des variétés brevetés.

Et les abeilles dans tout cela.

Hé bien elles meurent, par millier, par million. sous les attaquent des pesticides. La pauvreté environnementale devient telle qu’elle ne trouvent plus dans les campagnes les propriétés naturelles nécessaire à leur propre survie, elles s’affaiblissent puis s’effondrent. Elles survivent mieux dans les villes que dans les champs. Il est paradoxal de penser que la diversité florale des villes est supérieure à celle de nos campagnes, que l’eau ruisselante de nos villes est moins polluée que celles de nos rivières. qu’il y a moins de produits chimiques dans nos villes que dans nos champs. Elles produisent plus dans les villes que dans les champs. Voila bien le signe d’une désertification de nos campagnes.

80 % des plantes ont absolument besoin des abeilles pour être fécondées et, sans elles, il n’y a plus de production de fruits ou de légumes possible.

Aux États-Unis, où l’apport des abeilles à l’agriculture atteint 14 milliards de dollars chaque année, le syndrome de l’effondrement des colonies a fait disparaître en 2007 entre 60 et 90 % des colonies selon les régions, soit environ 1,5 million de ruches sur les 2,4 millions dont bénéficiait ce pays.

Les apiculteurs allemands déplorent la perte de 80 % de leurs colonies tout comme ceux de Grande-Bretagne, de Suisse, d’Autriche, de Pologne et de Grèce.

Pour les spécialistes ce sont les pesticides et les carences alimentaires qui restent les suspects principaux, tout comme le stress du voyage : les apiculteurs transportent les abeilles d’un bout à l’autre du pays pour qu’elles pollinisent les récoltes au moment de la floraison.

Il est si difficile de prouver quoi que ce soit. La mortalité des abeilles est multifactoriel disent ils. Et cela est vrais. Alors il est si facile de ne pas se sentir concerné. Mais non ce ne sont pas les pesticides, mais non ce n’est pas la mono culture, mais non ce n’est pas le Varoa, mais non ce n’est pas la transhumance, mais non, mais non … et tient voila un nouveau venu, le frelon Asiatique.

frelon-asiatiqueEt nos abeilles meurent.

Il est dans la nature humaine de considérer que ce que donne la nature est gratuit. L’eau, le pétrole, le gaz, les poissons, les plantes… Nos grands économistes du 18ème siècle ont travaillé sur la valeur, la valeur travail, la valeur d’échange, … ont élaboré des théories toutes bien construites et qui expliquent comment fonctionne le monde, le monde des hommes.

Mais qui à réellement pris en compte l’apport de la nature, de son travail au cours des millénaires, de ce qu’elle à construit lentement pour que nous puissions aujourd’hui nous approprier avec tant de morgue ce qu’elle nous offre.

Il a été établit que la possession d’un objet, la propriété est au plan juridique : « le droit de jouir et disposer des choses de la manière la plus absolue  » (article 544 du Code civil). Ce droit comprend celui d’user de la chose, d’en remettre l’usage à une personne, le droit de la modifier, de la détruire ou d’en disposer.

déforestation

Que disait Rousseau : « Le premier qui, ayant enclos un terrain, s’avisa de dire : Ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile. Que de crimes, de guerres, de meurtres, que de misères et d’horreurs n’eut point épargnés au  genre humain celui qui, arrachant les pieux ou comblant un fossé, eût crié à ses semblables: Gardez-vous d’écouter cet imposteur; vous êtes perdus, si vous oubliez que les fruits sont à tous, et que la terre n’est à personne. Mais il y a grande apparence, qu’alors les choses en étaient déjà venues au point de ne pouvoir  plus durer comme elles étaient; car cette idée de propriété, dépendant de beaucoup d’idées antérieures qui n’ont pu naître que successivement, ne se forma pas tout d’un coup dans l’esprit humain. Il fallut faire bien des progrès, acquérir bien de l’industrie et des lumières, les transmettre et les augmenter d’âge  en âge, avant que d’arriver à ce dernier terme de l’état de nature ».

Posséder c’est le droit de modifier et de détruire. De détruire.

Comme le note Robert Repetto, « un pays pourrait épuiser ses ressources minérales, couper ses forêts, éroder ses sols, polluer ses nappes phréatiques, conduire sa faune sauvage à l’extinction, la disparition de ce capital n’affecterait pas son revenu mesuré »

En fait cela est même le contraire, la destruction rapide de ce capital va être mesuré comme un enrichissement. La destruction du capital naturel est économiquement mesuré comme de la richesse.

Et pourtant : Selon une étude du PNUE, 40% de l’économie mondiale reposerait sur les produits et les processus écologiques. Un économiste américain du Guind Institute for Ecological Economics (Constanza), estimaient en 1997 que la valeur des écosystèmes est de 33 000 milliards de dollars (contre 18 000 milliards de dollars pour le PIB mondial)

Et les abeilles la dedans me direz vous, hé bien les abeilles sont les principaux pollinisateurs de la planète. Bien sur elles ne sont pas les seules, mais 80 % des plantes ont besoin d’elles.

Alors d’Adam Smith à Marx, de Pareto à Friedman, ils ont tous oublié que la valeur ce n’est pas le travail, ce n’est pas le marché, ce n’est pas la rareté, non tout cela est un mode de calcul humain, la valeur c’est la vie, sans cesse renouvelé, offerte par notre planète. La valeur c’est de pouvoir en user, en autorisant cette reproduction, ce renouvellement, sinon, il n’y a pas de valeur, il n’y a que destruction.

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